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Pacte Dutreil : Le guide pour transmettre son entreprise en 2026

  • il y a 2 heures
  • 7 min de lecture
Transmettre son entreprise grâce au pacte Dutreil
Transmettre son entreprise grâce au pacte Dutreil

Pour la plupart des dirigeants, la transmission de l'entreprise est le projet patrimonial le plus important de leur vie. C'est aussi celui qui bénéficie du plus grand nombre d'outils fiscaux à condition de les connaître et de les anticiper. Le pacte Dutreil en fait partie et c'est l'un des outils les plus puissants sur le plan fiscal.


Il permet, sous conditions d'engagement, d'exonérer 75 % de la valeur de l'entreprise transmise de droits de mutation, qu'il s'agisse d'une donation ou d'une succession. La loi de finances pour 2026 en a durci deux conditions. Autant les connaître avant de se lancer.


I) Pacte Dutreil : définition, principe et cadre juridique


A) Pacte Dutreil : définition et principe de l'exonération de 75 %


Créé en 2003, le pacte Dutreil permet aux héritiers ou donataires de bénéficier d'une exonération de 75 % sur la valeur de l’entreprise transmise, en contrepartie d'engagements de conservation. Seul le quart restant est soumis aux droits de donation ou de succession.

Par exemple, sur une société valorisée à 2 millions d'euros, cela signifie que les droits sont calculés sur 500 000 euros au lieu de la valeur totale. L'économie peut représenter plusieurs centaines de milliers d'euros selon la situation familiale.


Le dispositif s'applique aux transmissions de parts ou actions de sociétés exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale, ainsi qu'aux entreprises individuelles dans les mêmes conditions.


À noter : Les sociétés dont l'activité se limite à gérer leur propre patrimoine mobilier ou immobilier, comme les SCI patrimoniales, sont exclues.


B) Les trois engagements à respecter : collectif, individuel et fonction de direction


Le pacte Dutreil repose sur trois conditions cumulatives, qui s'enchaînent dans le temps. Si l'une d'elles n'est pas respectée, l'exonération est perdue dans son intégralité.


  1. L’engagement collectif  : Avant la transmission, le donateur et un ou plusieurs associés s'engagent à conserver les titres de la société pendant deux ans minimum. Cet engagement doit être en cours au jour de la donation ou du décès.

  2. L’engagement individuel : Dès la transmission réalisée, chaque bénéficiaire s'engage à conserver les titres de la société reçus pendant six ans, contre quatre ans avant la loi de finances 2026. La durée totale de conservation atteint donc huit ans minimum.

  3. L’engagement sur la fonction de direction : L'un des signataires de l'engagement collectif, ou l'un des bénéficiaires, doit exercer une fonction de direction dans la société pendant toute la durée de l'engagement collectif et pendant les trois années qui suivent la transmission. Sont visées les principales fonctions de direction : gérant, président, directeur général, membre du directoire.


Sur ce dernier point, la Cour de cassation a apporté une précision importante en janvier 2024 : en cas d'engagement réputé acquis (mécanisme qui dispense le donateur de signer un engagement collectif formel, à condition qu'il détienne les seuils requis et exerce une fonction de direction dans la société depuis au moins deux ans), le donateur seul ne suffit pas à remplir la condition de direction après la transmission. L'un des héritiers ou donataires doit effectivement prendre ce rôle, une règle à anticiper dès la conception du projet.



C) Ce qui a changé avec la loi de finances 2026


La loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026), applicable aux transmissions à compter du 21 février 2026, a durci le dispositif sur deux points. Les opérations déjà réalisées avant cette date ne sont pas concernées.


  1. L'engagement individuel passe de quatre à six ans, portant la durée totale de conservation à huit ans. C'est un retour à la durée d'origine du dispositif, fixée en 2003.

  2. Certains actifs sont désormais exclus de l'assiette exonérée. La fraction de la valeur des titres correspondant à des actifs non affectés à l'activité professionnelle (véhicules de tourisme, résidences non professionnelles, yachts, bijoux, objets d'art et vins et alcools, selon une liste limitative définie par la loi) ne bénéficie plus de l'exonération de 75 %.


Exception : ces biens restent éligibles s'ils sont exclusivement affectés à l'activité professionnelle depuis au moins trois ans avant la transmission. La trésorerie d'exploitation, elle, reste dans le champ de l'exonération.


À noter : Ce second changement vaut aussi pour les groupes : si des actifs exclus sont logés dans une filiale contrôlée par la société transmise, ils réduisent également l'assiette éligible. Un audit des actifs avant toute opération est désormais indispensable.


II) Pacte Dutreil : conditions et cas particuliers


A) Les seuils de détention et l'engagement réputé acquis


Pour que l'engagement collectif soit valide, les associés signataires doivent détenir ensemble au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote dans une société non cotée (10 % des droits financiers et 20 % des droits de vote pour une société cotée). Ces deux seuils sont cumulatifs et doivent être maintenus pendant toute la durée de l'engagement.


Il existe une alternative à l'engagement collectif formel : l'engagement réputé acquis. Ce mécanisme s'applique lorsque le donateur détient depuis au moins deux ans les seuils requis et exerce depuis au moins deux ans une fonction de direction dans la société.

L'engagement collectif est alors considéré comme acquis de plein droit, sans signature préalable.


Attention : même en cas d'engagement réputé acquis, l'engagement individuel de six ans et la condition de direction post-transmission restent obligatoires et cette dernière doit être exercée par l'un des bénéficiaires, pas par le donateur seul.


B) Le cas des holdings : ce qu'il faut vérifier


La holding animatrice est éligible au pacte Dutreil, dans la limite de deux niveaux d'interposition entre l'actionnaire et la société opérationnelle. Elle doit participer activement à la conduite de la politique de son groupe et rendre des services effectifs à ses filiales (juridiques, comptables, financiers…). Cette qualification doit être démontrée par des éléments concrets et maintenue jusqu'au terme de l'engagement individuel.


La holding passive n'est en principe pas éligible au pacte Dutreil. Elle peut toutefois bénéficier du dispositif si elle détient des sociétés opérationnelles, dans la limite de deux niveaux d'interposition.


C) Le pacte post-mortem et la donation avec réserve d'usufruit


Le pacte post-mortem permet aux héritiers de conclure un engagement collectif dans les six mois suivant le décès, lorsqu'aucun engagement n'était en cours. Toutes les conditions habituelles s'appliquent ensuite. En revanche, ce mécanisme prive les héritiers de la réduction de 50 % des droits réservée aux donations en pleine propriété avant 70 ans.


La donation avec réserve d'usufruit est compatible avec le pacte Dutreil. Le donateur conserve l'usufruit et donc les dividendes, tout en transmettant la nue-propriété.


Deux points à surveiller : cette configuration ne donne pas accès à la réduction de 50 % (réservée à la pleine propriété), et les statuts doivent organiser les droits de vote pour permettre aux bénéficiaires de satisfaire la condition de direction.


III) Pacte Dutreil : avantages fiscaux et vigilance


A) Calculer le gain fiscal : exonération, abattements et réduction cumulables


L'exonération de 75 % se cumule avec d'autres mécanismes qui s'appliquent en cascade.


Après l'exonération, l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant s'applique sur la valeur résiduelle (renouvelable tous les quinze ans). Si la donation est réalisée en pleine propriété avant les 70 ans du donateur, une réduction de 50 % des droits vient encore s'ajouter. Cette réduction disparaît à 70 ans, raison pour laquelle plus on anticipe, plus l'avantage est important.

Reprenons l’exemple d'une société valorisée à 2 millions d'euros, transmise à un enfant avant les 70 ans du donateur, en pleine propriété :

  • Après exonération de 75 % : base taxable de 500 000 €.

  • Après abattement de 100 000 € : 400 000 €.

  • Après réduction de 50 % des droits : les droits sont calculés sur 400 000 € puis divisés par deux, contre des droits calculés sur 1 900 000 € sans pacte Dutreil.

Étape 

Mécanisme 

Base taxable 

Valeur de la société 

- 

2 000 000 € 

Après exonération Dutreil (75 %) 

Art. 787 B CGI 

500 000 € 

Après abattement 

Art. 779 CGI 

400 000 € 

Après réduction 50 % des droits 

Art. 790 CGI 

Droits ÷ 2 

La différence, en droits effectivement dus, peut représenter plusieurs centaines de milliers d'euros selon la valeur de l'entreprise.


B) Les risques de remise en cause


L'exonération n'est pas définitivement acquise au jour de la transmission. Elle peut être remise en cause si les conditions ne sont pas respectées jusqu'au terme de l'engagement individuel.


Les principaux motifs sont la cession des titres pendant la période d'engagement, l'abandon de la fonction de direction avant l'échéance des trois ans post-transmission, ou un changement d'activité vers une activité non éligible. Les attestations périodiques dues à l'administration sont également obligatoires et leur absence peut suffire à faire tomber l'exonération.

En cas de manquement, les droits suspendus sont rappelés, assortis d'intérêts de retard et d'une pénalité de 80 % si la mauvaise foi est établie.


Nuance importante : si un seul bénéficiaire est en défaut, seule sa quote-part est affectée, les autres conservent leur exonération, tant que la société remplit toujours les conditions requises.


C) Questions fréquentes


Le pacte Dutreil est-il compatible avec une donation-partage ? 

Oui, et c'est l'une des combinaisons les plus fréquentes. La donation-partage répartit les titres de société entre les enfants de façon définitive, avec gel des valeurs. Combinée à l'exonération de 75 %, elle permet d'organiser une transmission à la fois équitable et fiscalement maîtrisée.

Dans le cas général, non. Une SCI qui gère son propre patrimoine immobilier est exclue du dispositif depuis la loi de finances 2024. Chaque cas particulier mérite une analyse précise.

L'exonération est remise en cause sur sa seule part, avec rappel des droits et pénalités. Les autres bénéficiaires qui respectent leurs engagements restent protégés.

C'est le mécanisme qui permet de bénéficier du pacte Dutreil sans avoir signé d'engagement collectif formel. Si le donateur détient les seuils requis depuis deux ans et exerce une fonction de direction depuis deux ans, l'engagement collectif est réputé acquis automatiquement. Après la transmission, la direction doit être assurée par l'un des bénéficiaires, pas par le seul donateur.


Le pacte Dutreil reste en 2026 l'un des outils les plus efficaces pour transmettre une entreprise familiale avec un impact fiscal maîtrisé. Ses conditions ont été durcies, pas sa puissance. Mais son efficacité dépend entièrement de l'anticipation et d'un audit sérieux des actifs avant toute opération.


Notaire, avocat fiscaliste, conseiller en gestion de patrimoine : c'est la coordination de ces trois intervenants qui transforme un projet en opération sécurisée. Plus tôt cette réflexion est engagée, plus les leviers disponibles sont nombreux, c'est tout l'objet d'un bilan patrimonial personnalisé.


Sources : Code général des impôts (art. 787 B, 787 C, 779, 790, 975) ; Loi n° 2026-103 du 19 février 2026, art. 8 ; Loi n° 2023-1322 du 29 décembre 2023, art. 23 ; BOFiP, BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10 ; Cass. com., 24 janvier 2024, n° 22-10.413 ; notaires.fr ; Légifrance.


 
 
 

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